Historique

La mosquée Hassan II n'est pas seulement un pari technologique, un défi à toutes les échelles connues jusqu'alors, à la résistance des matériaux, à l'équilibre des masses et des volumes. Elle a offert le plus vaste champ de création jamais donné au talent de milliers d'artisans marocains.Cette décoration artisanale exécutée par des centaines de maâlems donne la réplique aux grandes pages de marbre, crée le contraste, brise toute monotonie, signe de la délicate main humaine la démesure de son projet, car c'est l'artisan, le maâlem, celui qui sait, détient seul le secret des rythmes et des couleurs que lui ont légué ses pairs, celui qui invoque la parole divine avant d'exécuter le premier tracé, c'est lui qui fait de toute Mosquée une oeuvre d'art, un lieu d'enchantement.Subtil jeu d'ombres et de lumières, d'arêtes et de creux, frisés ou calligraphiés, niches, arcs, autant de formes qui font du plâtre fragile un matériau aussi noble que le marbre solide et qui posent au regard du visiteur l'énigme de l'éternelle interrogation de l'artiste.Voici, dans toute sa grandeur, la nouvelle proue de Casablanca. Elle est déjà le point de repère, le lieu de tous les regards comme une présence gardienne, défi aux conventions séculaires. Ce n'est plus la colline qui porte le temple, mais la plage. et le temple lui-même devient rocher sacré posé sur l'étendue marine, promontoire rassurant et déjà familier au regard voisin, voici le minaret dans sa splendeur dorée. Il est à la fois fils de la Mosquée des Omeyyades à Damas, héritier de la Giralda de Seville, enfant de la Koutoubia de Marrakech et, plus encore, père d'une nouvelle architecture islamique marocaine.

La salle de prières est surmontée d'une toiture mobile de 3 400 m2 et de 1 100 t qui peut se déplacer en cinq minutes grâce à un système de roulement motricé. Lorsque le toit est fermé, la salle des prières est éclairée par 50 lustres et 8 appliques vénitiens de Murano. Les plus imposants mesurent six mètres de diamètre, dix mètres de hauteur et pèsent 1 200 kg. La couverture de la toiture a nécessité la pose de 300 000 tuiles spécialement réalisées en fonte d'aluminium par les équipes du groupe Bouygues dirigés par Aldo Carbonaro (directeur du projet) et Abdelatif Haboubi (directeur du chantier), imitant la tuile en terre cuite vernissée traditionnelle de Fès mais quatre fois plus légère. Ces tuiles ont apporté un gain de poids de 65 % par rapport aux tuiles traditionnelles avec des performances de fiabilité beaucoup plus élevées.Pour la finition et les objets religieux, des artisans de tout le royaume ont contribué à couvrir plus de 53 000 m2 de bois sculpté et assemblé plus de 10 000 m2 de zellige représentant 80 motifs originaux. Le plâtre sculpté et peint a été entièrement travaillé sur place par 1 500 maâlems sur plus de 67 000 m2. Les coupoles en bois de cèdre ont été fixées sur des charpentes réalisées avec 971 t d'acier inoxydable et suspendues à la structure en béton armé. Les revêtements de marbre et granit d'origine marocaine représentent 50 hectares de superficie avec une épaisseur moyenne de 14 cm.La mosquée est ornée de 124 fontaines et vasques en marbre.Les enceintes et les éclairages ont été conçus avec l'assistance de la société Philips.Elle est dotée d'un rayon laser indiquant la direction de La Mecque d'une portée de 30 kilomètres.

La mosquée a été financée par l'État, une souscription nationale et divers financements d'accompagnement étrangers dont 80 millions de francs français. Le coût de la construction à la fin des travaux était de 3, 8 milliards de Dirhams.Cet ouvrage exceptionnel, souvent critiqué lors de sa réalisation, a permis de relancer l'artisanat marocain sous toutes ses formes mais a également été à l'origine du "béton à hautes performances" pour assurer la surélévation du minaret de 175 à 201 mètres.Gérée jusqu'en 2009 par l'Agence urbaine de Casablanca, elle dépend actuellement de la Fondation de la Mosquée Hassan II de Casablanca.